Rechercher
  • nico1072

Quand Carl posa ses œufs (de Fabergé) sur la table

Dernière mise à jour : 28 mars

Pour l'article de cette semaine, j'ai voulu écrire quelque chose d'un peu léger. Les actualités internationales n'étant pas d'une gaité transcendante, je vous propose de maintenir notre regard sur l'Europe de l'Est, mais de nous focaliser plutôt sur la joaillerie. Parmi les bijoux qui ont marqué l'histoire, la beauté et la poésie des Œufs de Fabergé ont fait rêver des générations entières. Alors je vous propose, à ma façon, de découvrir comment ils ont vu le jour et qui étaient ceux qui les ont « pondus ».


On ne fait pas d'omelette...


Tout commence dans un paisible village de Picardie au XVIIe siècle. Là, une famille d'irréductibles huguenots (protestants calvinistes) a très vite compris qu'on allait venir leur casser les... « œufs » suite à la révocation de l'Édit de Nantes. Alors ni une, ni deux, direction l'Europe du Nord. La famille s'installe dans la région de la Baltique où le père finit par obtenir la nationalité russe. Quelques années plus tard, son fils Gustave se marie et emménage à Saint-Pétersbourg en tant qu'orfèvre. Gustave aura lui-même un fils, le fameux Peter Karl Fabergé (Carl en français) à qui il offre une excellente éducation. À la fin de ses études, il l'envoie en apprentissage auprès des meilleurs artisans d'Europe.


Retour au poulailler


À 20 ans, Carl revient en Russie et se dit que c'est le moment où jamais de mettre tous ses œufs dans le même panier. Il se consacre entièrement à la joaillerie, prend la tête de l'entreprise familiale, et en parallèle, travaille bénévolement au musée de l'Ermitage. Ce bénévolat va être déterminant car le conservateur fait partie du cercle restreint d'Alexandre III, le futur tsar de Russie. Quand le conservateur présente au tsarévitch les bijoux de la maison Fabergé, Alexandre III est conquis et commandera régulièrement des pièces à Carlito.


La fin du XIXe siècle est une période de troubles en Russie. Le père d'Alexandre III succombe à un attentat, alors pour tuer les rebellions dans l'œuf, le tsar enclenche toute une série de réformes conservatrices. Mais rien n'y fait. La famille royale continue à être la cible d'attentats. Pour égayer l'esprit de la tsarine, Alexandre III décide de lui offrir un cadeau à l'occasion de la fête de Pâques, la plus importante du calendrier orthodoxe.


Cocorico


Carl a une botte secrète : son frère Agathon. Cet excellent dessinateur rejoint l'entreprise familiale en 1882 et la collaboration des deux frères va faire des étincelles. Pour ce cadeau à Maria Feodorovna, Carl et Agathon s'inspirent d'un œuf que la tsarine avait vu dans son enfance à la cour royale du Danemark. Ils soumettent l'idée à Alexandre III qui la trouve excellente. En revanche, le tsar lui-même n'aura pas le droit de voir à quoi ressemble ce cadeau avant qu'il ne soit terminé. Après plus d'un an de travail dans le plus grand secret, les Fabergé livrent en 1885 leur premier œuf impérial. À l'instar des poupées russes, cet œuf renferme plusieurs surprises.


Qui de l'œuf ou de la poule ?


Le premier œuf de Fabergé porte le nom d'Œuf à la poule. Il est entièrement recouvert d'émail blanc opaque pour ressembler à une vraie coquille d'œuf. Cette coquille s'ouvre pour révéler le jaune. Ce jaune d'œuf est tout en or et s'ouvre à son tour pour révéler une petite poule, elle aussi entièrement en or, avec des yeux en rubis. En soulevant les plumes de sa queue apparaît la dernière surprise : une minuscule réplique de la couronne impériale, incrustée de diamants, à laquelle est suspendue un rubis taillé en forme d'œuf.


La Maison Fabergé : véritable poule aux œufs d'or


Maria Feodorovna a été impressionnée et absolument ravie par le cadeau de son mari, à tel point que le tsar en a fait une tradition. Les années suivantes, pour le jour de Pâques, un œuf du célèbre joaillier lui serait offert. La maison Fabergé a bénéficié d'une totale liberté dans la création des œufs impériaux.


Les modèles sont devenus plus complexes au fur et à mesure, mais le principe est resté le même : révéler plusieurs surprises en lien avec l'histoire de la famille Romanov. Le fils d'Alexandre III, Nicolas II de Russie, a perpétué cette tradition en offrant un œuf à son épouse ainsi qu'à sa mère le jour de Pâques.


En tout, 54 œufs impériaux ont été réalisés et 17 autres ont été commandés par des clients privés (la duchesse de Marlborough, les Rothschild, le Prince Youssoupov, etc). En 1927, Staline en a vendu 14, n'en laissant que 10 au Kremlin. 23 des œufs originaux (impériaux et privés) sont aujourd'hui retournés en Russie et sont exposés au musée Fabergé de Saint-Pétersbourg.


Moralité : des œufs de Carl, il en reste moins d'un sur deux, et même si c'est loin d'être idéal, ces bijoux de famille font encore des heureux.




34 vues0 commentaire